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programme du GSRL pour la période 2010-2013

 

Pluralisme, Démocratie, Religions et Laïcités

Responsables : Philippe Portier et Jean-Paul Willaime

 

Ce programme est centré sur la question du pluralisme dans les sociétés occidentales. Celles-ci sont marquées par une diversité culturelle et religieuse croissante, fruit elle-même de deux séries de facteurs. Des facteurs exogènes : l’augmentation des flux migratoires a provoqué l’installation en Occident de populations qui n’en partagent pas toutes les valeurs, qui, en particulier, ne se reconnaissent pas dans les partages canoniques privé/public, individuel/collectif, ni dans l’agencement des rapports de genre et des identités sexuelles que le régime de modernité a progressivement institués. Des facteurs endogènes : l’individualisation des comportements s’est traduite par une recherche d’ « authenticité » qui s’est souvent exprimée dans des pratiques de réattestation identitaire de nature religieuse ; et ce d’autant plus que le projet même de la modernité, fondé sur les certitudes du progrès, se trouve bousculé par les questionnements propres à l’ultramodernité (crise des grands récits, défis bio-éthiques et environnementaux, fragilisation des instruments nationaux de régulation politique). La pluralisation a pris une double forme. Elle s’est déclinée d’une part sous la forme d’un pluralisme externe propre aux sociétés nationales, sous celle d’autre part d’un pluralisme interne au sein même des mondes religieux. Pluralisme externe : on le notait à l’instant, il n’est plus aujourd’hui en Occident de sociétés homogènes, ni culturellement ni religieusement. Les ensembles sociaux sont traversés par une multiplicité d’allégeances ou d’identifications. Ils s’agencent aussi bien sur le fondement de logiques d’ « abstraction des différences » que sur celui de logiques d’ « articulation des différences », ce que Ricoeur, après Rawls, appelle le « consensus par recoupement ». Pluralisme interne : à l’intérieur même des institutions du croire, on assiste à des processus de désinstitutionnalisation ouvrant sur des ré-appropriations subjectives des croyances et des rituels, ce qu’exprime la notion, fameuse désormais, de « bricolage ». L’ambition de ce programme est d’analyser ce phénomène de pluralisation, tout à la fois dans ses modes d’expression et dans ses modes de régulation. Dans ses modes d’expression : on entend comprendre en effet comment la pluralité affecte les ensembles politiques ou religieux. Les ensembles politiques, d’abord. La souveraineté dans les sociétés occidentales ne s’est pas constituée in abstracto. Elle s’est forgée en s’appuyant sur des références culturelles préalables et sur la construction d’un imaginaire historique, que les pouvoirs étatiques ont au cours du temps, afin de se légitimer, constamment mobilisé. Ce dispositif a montré sa puissance tout au long des décennies qui viennent de s’écouler. Or, il se trouve aujourd’hui fragilisé par la multiculturalisation des sociétés nationales, de plus en plus ouvertes aux influences de la mondialisation religieuse. C’est à cette remise en cause de l’homogénéité de l’être politique que nous consacrerons une part de nos recherches. Les ensembles religieux, ensuite. Ce programme leur accordera une place importante. Il s’attachera à décrire à l’intérieur des confessions la multiplicité des sensibilités, elles-mêmes associées en réseaux de connivence. Cela vaut certes pour le protestantisme, ou l’islam, ou le judaïsme, cela vaut aussi pour des mondes religieux plus hiérarchisés comme le catholicisme. Du côté des ensembles convictionnels, il en va souvent de même. Les familles humanistes, en France, en Belgique, en Espagne sont pareillement travaillées par des tensions internes dont il faudra mettre au jour les déterminants. Dans ses modes de régulation. On a, au cours de ces dernières décennies, vu les Etats mais aussi les institutions religieuses s’affronter à cette explosion des demandes de reconnaissance. On voudrait ici approcher les réponses des mondes considérées. Dans l’ordre politique, on montrera à partir d’explorations menées au niveau local comme aux niveaux national et international, comment le pouvoir politique a été peu à peu amené à intégrer la pluralité dans les mécanismes de gestion du social. On accordera une importance toute particulière aux controverses philosophiques et aux mobilisations sociales que la pluralisation a engendrées, mais aussi, notamment dans le domaine de l’éducation scolaire, aux programmes concrets, différents selon les contextes nationaux, auxquels elle a donné lieu. Dans la sphère religieuse, on tentera de décrypter les nouveaux modes de gouvernance mis en place par les appareils confessionnels, qui oscillent entre une volonté de réaffirmation des disciplines internes et une propension à une régulation souple de leurs sensibilités internes.

 

 


 

 

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